Situation Mondiale des réfugiés en 2022

Le nombre des réfugiés a atteint une nouvelle proportion extrêmement inquiétante, en franchissant la barre de 100 millions de réfugiés, dont 37 millions d’enfants d’après l’UNICEF, soit le ratio le plus élevé depuis la seconde guerre mondiale.

Ce chiffre qui comprend successivement les réfugiés, les demandeurs d’asile estimés à 4,6 millions en 2022, ainsi que les 53,2 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays par des conflits, représente plus de 1% de la population mondiale et équivaut au 14e pays le plus peuplé du monde. Il est principalement conséquent à la guerre d’Ukraine qui a provoqué un afflux massif de réfugiés ukrainiens vers les pays membres de l’UE, mais aussi à la résurgence d’une nouvelle vague de conflits qui submergent principalement le continent africain, mais aussi les pays de l’Asie centrale à la suite du retour des talibans au pouvoir en Afghanistan.

Abdessalam Jaldi, Spécialiste en relations internationales au Policy Center for the New South (PCNS), apporte son expertise afin de répondre à des questions relatives à la situation des réfugiés dans le monde.

L’Afrique parvient-elle à juguler la crise des réfugiés ?

L’Afrique est le continent le plus touché par les flux des réfugiés et des déplacés internes, bien que cette dernière dispose d’une infrastructure conventionnelle et institutionnelle parfaitement élaborée, perçue tout d’abord par la convention de 1969, régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique, ensuite par la charte africaine des droits de l’homme et des peuples de 1981, après, avec la Cour africaine des droits de l’homme établie en 2009, et enfin, par la Convention de Kampala de 2009 sur la protection et l’assistance aux personnes déplacées en Afrique.

En effet, la crise des réfugiés qui préjudicie l’Afrique, trouve principalement ses origines dans l’instabilité politico-sécuritaire qui sévit dans le continent depuis les confins du Sahel jusqu’à la province de Cabo-Delgado en Mozambique, en passant par le golfe de Guinée. Or, les conséquences socio-économiques de la pandémie de la Covid-19 qui mirent à l’épreuve l’efficacité des mécanismes et des normes de protection des populations vulnérables, de surcroît aggravée par la guerre d’Ukraine qui avait provoqué d’importantes distorsions dans les chaines d’approvisionnements énergétiques et alimentaires mondiales, ont davantage accru la vulnérabilité et la dépendance de l’Afrique à l’égard d’une aide humanitaire sur-sollicitée. Or, le principe de la solidarité internationale semble trouver peu d’écho dans l’actuelle conjoncture internationale.

Comment ça ?

La quasi-totalité des pays africains accueillant le grand lot des réfugiés du continent sont pour la plupart des pays moins avancés, ou a ou à revenu intermédiaire, sachant que la majorité des réfugiés sont pour l’essentiel concentrés dans des camps situés, pour la plupart, loin des milieux urbains. Cette configuration fait que la coopération internationale est indispensable pour que l’Afrique puisse juguler la crise des réfugiés qui frappe de plein fouet le continent depuis le processus de décolonisation amorcée dans le sillage des années soixante du vingtième siècle, d’autant que la migration intra-africaine constitue 80% du phénomène migratoire africaine.

Or, force est de constater que le partage des responsabilités n’est prévu par aucun instrument juridique contraignant, alors que la solidarité internationale n’a guère fin l’objet d’une codification dans le cadre d’une convention internationale. En effet, et qu’il s’agisse de l’aide au développement ou de l’aide humanitaire, les États développés ont toujours été réticents à accepter des obligations sur la base du principe de la solidarité, particulièrement en ce qui concerne le partage des coûts financiers de la protection et de la réinstallation des réfugiés. Il suffit de scruter les contours du nouveau pacte européen de migration et d’asile qui se substituera aux accords Dublin régissant la politique migratoire européenne, pour s’en convaincre.

Ce dernier insiste d’une part sur le besoin d’externaliser la gestion des frontières vers l’Afrique, et d’autre part sur la simplification de l’octroi visas européens pour les Etats africains acceptant d’accueillir leurs ressortissants reconduits, alors que les pays récalcitrants se verraient sanctionner par une politique de visas peu généreuse.

L’Afrique semble submergée par le phénomène des refugiés climatiques. Que pouvez-vous nous dire sur ce sujet ?

Un réfugié climatique est une nouvelle catégorie des réfugiés qui a vu le jour avec le phénomène des changements climatique. Il désigne une personne contrainte de quitter son pays du fait d’une catastrophe climatique ou plus précisément du réchauffement climatique affectant son lieu de vie, comme on l’observe dernièrement en Afrique.

Cependant, et à l’heure où les phénomènes climatiques incitent un nombre croissant d’habitants d’individus à prendre la route de l’exil à la recherche d’horizons plus stables, il n’existe encore aucun texte juridique qui prend en compte les réfugiés climatiques. En effet, La Convention de Genève de 1951 relative au statut de réfugié ne contient aucune disposition reconnaissant le réfugié climatique, pour ne pas dire que ce concept n’existe pas au regard du droit international.

D’après cette dernière, le refugié est celui qui : « craint avec raison d’être persécuté du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance ou de ses opinions politiques », ce qui explique pourquoi les réfugiés climatiques sont dépourvues de toute mécanisme juridique de protection, contrairement aux réfugiés traditionnels. Par conséquent, et compte tenu de l’inexistence d’un régime juridique propre aux réfugiés climatiques, les organisations internationales et continentales ne disposent de facto d’aucun mandat officiel pour assister ces individus, ce qui accroit leur vulnérabilité et complique davantage l’évolution du droit international en la matière.

Pourtant, de nombreux experts soulignent de plus en plus la nécessité pressante de définir un statut juridique pour les réfugiés climatiques. Le système régional africain, perçue dans la convention de Kampala de 2009 qui reconnait le devoir d’assistance et de protection des déplacés de fait de catastrophes climatiques, est en mesure d’infléchir le débat sur le sujet.

La question des réfugiés climatiques nous rappelle les limites du système internationale de protection des réfugiés. Pensez-vous qu’il est temps de réviser les traités et convention internationale portant sur la protection des réfugiés ?

La Convention de Genève relative au statut des réfugiés de 1951, et son Protocole additionnel de 1967, se limitaient à l’origine à protéger principalement les réfugiés européens immédiatement après la Seconde Guerre mondiale. Le texte de 1951, le seul à contenir une proclamation mondiale en faveur de la protection des personnes persécutées, définit ce qui fait un réfugié et quels sont les droits politiques et sociaux-économiques afférents au statut de réfugié. Toutefois, la convention ne crée aucun droit à l’asile et ne fonde donc aucun droit d’entrée individuel sur le territoire d’un Etat particulier.

Dans la même veine, elle ne contient pas de dispositions qui règleraient la manière dont le statut de réfugié doit être octroyé, et encore moins, la façon dont les Etats doivent distribuer la responsabilité de la prise en charge des réfugiés. En outre, la multiplication des nouvelles formes de menaces contre la paix et la sécurité internationales, ainsi que l’apparition de nouvelles catégories de réfugiés, comme les réfugiés climatique et sanitaires, ont bouleversé les migrations internationales.

C’est pourquoi je pense qu’il est grand temps de réviser la convention, voire même de la remanier, afin de l’adapter à la mondialisation, aux nouvelles technologies et aux nouvelles formes de conflit qui caractérisent les relations internationales contemporaines.



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